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Colza, entre humour et réflexion sociale, Guillaume Ledoux

Dans l’oisiveté d’une petite ville du Centre-Val de Loire où les jeunes se trainent, blasés, d’un comptoir sordide à l’autre comme des fantômes spectateurs de leur vie, un type discret — coincé dans un boulot rébarbatif au sein d’une usine de confection — s’improvise écrivain, griffonnant en secret nouvelles et autres contes. Il s’invente d’autres vies, plus vibrantes, plus désinvoltes que la sienne, pour combattre la morosité ambiante.

Son train-train quotidien bascule lorsqu’il rencontre son premier amour : une bourgeoise raffinée et cultivée, étudiante en Art à l’aisance désarmante. Avec un regard exigeant et néanmoins bienveillant sur son écriture, elle l’aide à s’émanciper, prendre confiance en lui et à mettre en forme ses récits dans un recueil cohérent.

Colza est plus qu’un récit d’émancipation littéraire sur fond de romance rock’n’roll. Il peint avec une ironie tendre — jamais cynique — les incohérences de la société, donne la parole à ceux qu’on croise sans les voir, et expose une galerie de personnages à la fois grotesques, émouvants et drôles. Le narrateur joue avec sa propre image, oscillant entre mégalomanie et autodérision. L’humour noir et les touches mélancoliques sur la précarité de l’écrivain en devenir s’inscrivent dans une veine à la fois comique et critique qui n’est pas sans me rappeler le ton faussement désabusé de Frédéric Beigbeder pour l’aspect « écrivain loser », les illusions de grandeur, les soirées bien arrosées et la poésie du banal :

« Parfois la nuit, assis dans mon lit, je levais les bras au ciel en signe de victoire et j’imaginais déjà les coups de fils de mon agent m’annonçant les prix les plus prestigieux et la traduction en dix-neuf langues du Signal des Laubies. Lors de mes sorties en ville (…) je marchais d’un air détaché, sachant secrètement que j’avais accompli quelque chose que personne ici n’avait fait. (…) Je déambulais dans les rues, un sourire en coin, et je regardais les passants en me disant « Encore un qui ne sait pas que j’écris un livre ».

Bref, un vrai petit branleur.

Je redescendis vite sur terre en découvrant la centaine d’adresses de maisons d’édition dans les pages jaunes de l’annuaire 75 (…) je rentrais chez moi dépité, la tête basse et l’espoir en berne. En chemin, je bus quelques coups et la bière m’aida généreusement à voir les choses encore plus noires. Après tout, pourquoi ne pas en rester là ? Un livre tiré à dix exemplaire, c’était beau et rare . Cela deviendrait légendaire et un jour les collectionneurs se l’arracheraient. Je me voyais bien en déposer sept ou huit dans les cabines téléphoniques, c’était une nouvelle forme de diffusion et je pouvais aussi en laisser un au Narval, en consultation libre, attaché au bout d’une petite chaîne pour qu’on ne le vole pas. Dans quelques années les gens se diraient « tu as vu, le mec des cabines téléphoniques a encore sorti un nouveau roman !

Ouais je sais, je l’ai lu au Narval. »

Voilà où j’en étais arrivé. »

Un roman très plaisant : drôle, rafraichissant et délicieusement rythmé. Je l’ai lu d’une traite, portée par une écriture percutante et un ton à la fois tendre et pétillant. Un texte qui divertit autant qu’il attendrit, idéal pour s’évader avec classe.

Colza, éditions Le Cherche midi, 2025.

Guillaume Ledoux est le chanteur du groupe de rock Blankass. Il est également peintre. Colza est son premier roman.

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